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  • Audrey Chevalier

Nouvelle Lune en Poissons : l’acceptation au coeur

Cette nouvelle lunaison nous entraîne au cœur des profondeurs océaniques. Cette dynamique avait déjà commencé le 18 février avec la rétrogradation de Mercure dans le signe des Poissons et ce, jusqu’au 11 mars prochain (je vous renvoie à l’article publié le 18 février dernier). Il est vrai que les Poissons sont actuellement très valorisés et il n’est pas rare de leur prêter une dimension romanesque. En effet, lorsque Neptune, la planète maîtresse des Poissons, s’est révélée à l’humanité au XIXeme siècle, le désir des hommes s’est transformé. Entre l’énergie uranienne que l’on attribue à la Révolution française mais aussi à la Grande Terreur, il était temps de réenchanter le monde. Neptune et les Poissons donc, se passent de toute communication purement rationnelle, il est davantage convenu que c’est le langage du cœur qui prévaut.


Les pensées magiques

À une époque où l’ésotérisme échevelé – dit New Age – envahit les réseaux, il n’est pas rare d’entendre ça et là des formules toutes faites : « tu dois lâcher-prise », « ton Autre te fait travailler sur toi », « accepte, accueille... », etc… Autant d’impératifs bien naïfs qui se moquent comme d’une guigne de la complexité humaine. Malheureusement, et c’est bien là toute la dimension du message porté par les Poissons et Neptune, c’est que ces croyances toutes fabriquées et illusoires ne font que morceler les hommes dans ce qu’il y a de plus profond. Pire – et c’est encore là une énergie toute neptunienne – cette dynamique « ésotérique » invite tant et plus à sombrer dans le déni de soi-même et de nos besoins émotionnels : à commencer par celui d’être valorisé et légitimé dans tout ce que nous représentons. Le refus de ces mêmes besoins, et à l’image de Neptune, peuvent surgir brusquement comme des lames de fonds quand bien même nous avions ignoré les premiers signes d’une tempête qui s’annonçait. En effet, Dionysos (Neptune) est un dieu de tolérance mais cela ne s’avère aucunement vrai lorsque les lois de la nature – y compris la nature humaine – sont bafouées au détriment de la pensée magique. En outre, et c’est là ce qu’il faut en comprendre, c’est que les injonctions citées plus haut, ne sont ni plus ni moins qu’un patriarcat qui a emprunté un autre visage. En effet, lorsque l’âme tend à sortir de la sécheresse égotique, il est vrai qu’elle recherche une voie humide et fluide afin de sonder les bas-fonds océaniques qui la caractérisent. En d’autres termes, cela signifie que l’être en transformation prend toujours en compte son champ émotionnel comme source de compréhension de lui-même ; ce qui n’est pas le cas lorsque nous nourrissons même inconsciemment les règles et usages du patriarcat. Le vin, le miel et le lait – l’abondance – ne se justifient qu’à ce prix.


Comprendre le masculin blessé

Mais qu’est-ce que Neptune tend bien à faire émerger en soi ? Quand bien-même l’ami Poséidon s’avère être un dieu glissant, Neptune – l’Amour de Dieu – est aussi une planète amie. C’est aussi par son truchement que nous apprenons à quitter les rives terrestres et loyales envers nos schémas, la famille ou la société par exemple, c’est grimper dans une embarcation avec de l’eau à perte de vue quand le monde construit une droite route sans racines qui dépassent. S’affranchir des loyautés lorsque nous invoquons Neptune mais aussi Mars et le Soleil comme c’est le cas présentement, signifie réintégrer le Masculin d’abord. Plus précisément, le Masculin blessé, c’est l’absence de virilité dans l’arbre familial (stérilité, abandon, etc…) que les descendants cherchent à reconstruire au détriment du Féminin. C’est l’homme qui utilise la femme pour asseoir sa force, c’est l’amazone qui castre son disciple, c’est Thésée qui abandonne Ariane sur son rocher, c’est se vouloir «lumineux » à tout prix, ce sont les blessures de trahison et d’humiliation. C’est pourquoi, le premier réflexe typiquement neptunien sera de fuir et d’ignorer un mal qui ronge. En effet, et à l’instar de la blessure de rejet, l’humiliation est très douloureuse et nous pousse tant et plus dans le déni ; c’est la blessure qui atteste que nous n’avons pas été validés par l’autre, c’est l’amour non partagé. C’est l’éternelle incompréhension neptunienne, le flou artistique dont nous ne savons sortir, l’impossibilité à accepter ou tolérer un acte irrépréhensible à nos yeux. Aussi, Pluton le régent ésotérique des Poissons, évoque également l’incapacité à faire son deuil que celui-ci soit symbolique ou réel. Victor Hugo – Poissons ascendant Scorpion – avait Pluton en Poissons, ce qui attestait d’une quête effrénée des mondes invisibles afin, peut-être, d’ignorer la perte de sa chère Léopoldine ou de s’en rapprocher d’une quelconque manière.


Le Masculin blessé ne sait reconnaître l’Anima – le Féminin ou l’âme selon les disciplines – comme étant source d’inspiration. Seule la conquête de territoires par l’instrumentalisation des autres, justifie le héros de sa bravoure (et non de son courage). Au cœur de l’intime, devenir un héros signifie être inspiré aussi par ses profondeurs émotionnelles même quand celles-ci se nomment tristesse ou mélancolie. Les traverser, les comprendre et les aimer sans jugement et sans déni aucun est une force admirable. Mais c’est aussi la promesse de lendemains qui chantent.



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