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  • Audrey Chevalier

Pleine Lune en Vierge : "chasser les marchands de sommeil"

Jung disait : « toute renaissance doit passer par le trouble pour s’élever à la clarté. » Il est évident que la sagesse de l’ami Carl Gustav issue entre autres de l’amour qu’il ressentit pour Sabina Spielrein, sa patiente, son élève et son amante – malgré la trahison qu’il lui infligea - illustre parfaitement cette Pleine Lune en Vierge toute imbibée des eaux profondes de Neptune. En effet, le Dieu des eaux renvoie à la métaphore de la déesse Nout qui accouche chaque matin du soleil qui, à peine a-t-il atteint son zénith et son rayonnement maximal, retourne au cœur du royaume des mers (ou des mères).


L'éloge du syncrétisme

Cette lunaison, comme il l’avait été dit lors de la Nouvelle Lune en Poissons, est très fortement imprégnée des énergies de Neptune. Tout ce qui avait été mis sous le tapis et la capacité à se fourvoyer sur soi-même en ignorant les strates profondes de la psyché peuvent resurgir comme les lames fracassantes de vagues sur les rochers. Tout dépend du chemin que nous avons souhaité emprunter. Si nous sommes de ceux qui avons choisi de retourner vers la Licorne, Neptune apparaît comme la « douane » mystique du pays d’Avalon : une brume qui sépare deux mondes dont le Roi en nous (le Soleil, Arthur) tente de concilier : c’est l’éloge du syncrétisme. Cela se manifeste par une sorte d’errance personnelle dans un monde où nous ne savons où est réellement notre place dans un premier temps. Si la tentation de Priape (la personnalité, ce qui est le plus proche de la Terre) est plus forte, alors Neptune apparaît comme l’illusion et tout ce qui apparaît comme folie aux yeux des hommes n’est en fait que l’expression du Soi Divin qui ne fait que choisir une voie à priori sans issue. C’est une des raisons pour lesquelles Neptune échappe autant pour les Hommes que pour les astrologues, son absence de contrôle et d’explications tangibles ne connaissent aucun écho auprès du dieu des mers. Ici, il pousse alors le Soi Cosmique à sortir de sa caverne. C’est donc une période propice pour mettre des mots sur les intuitions ou souhaits émis lors de la Nouvelle Lune en Poissons. En effet, la place de la Lune en Vierge apporte un sens critique et une analyse intéressante afin de faire le tri entre le grain et l’ivraie.


Le deuil de l'informe

Par ailleurs, cette Pleine Lune a cela d’intéressant car Neptune, source de toute inspiration cosmique et artistique, incite les âmes à multiplier les idées, mélangeant tous les genres au point parfois d’en perdre l’essentiel. Ce que cache parfois une telle approche typiquement neptunienne, c’est un refus de ce que certaines âmes qualifient d’ancien monde alors qu’il n’est question que de tangible ; c’est un deuil impossible de l’informe et du cosmique. Or, ce que nous apprend le monde dans sa valeur saturnienne, c’est d’appréhender les limites de nos existences et ne plus échapper à la forme ou à la matière en choisissant les paradis artificiels. Choisir de concilier le monde matériel à l’Inspiration Cosmique consiste donc à vivre un deuil, à priori impossible, de la Grande Mère. Se laisser traverser par un deuil, quand bien même fut-il symbolique, avec tout le cortège émotionnel qui s’ensuit est d’une importance capitale car derrière cet abîme psychique, se cache l’Amour de Dieu. Nous sommes donc bien loin de la dictature du bonheur prêché de tous bords. Il ne s’agit donc pas d’aller de l’avant avec un optimisme de façade, n’en déplaise à nos amis jupitériens, mais bel et bien de suivre le flot des vagues. En revanche, l’énergie Vierge présentement, invite les nostalgiques et les « désincarnés » à faire preuve de discernement et pour certains autres perdus dans leurs orientations professionnelles par exemple, d’envisager « une spécialisation ». Tout un drame pour une âme qui ne se reconnait que trop peu dans les bras de ce signe mercurien (la Vierge). Cependant, tout ceci est fait pour que nous n’échappions plus à la forme et encore moins à nous-mêmes. En nous centrant sur un point essentiel de notre existence et en lui permettant de venir au monde, nous nous donnons là l’occasion d’accoucher de soi.


Cette lunaison typiquement neptunienne prendra fin avec l’arrivée de l’équinoxe de printemps. Ainsi, tous les rêves engendrés dernièrement et les choix émis ici auront plus de chance d’être porteurs au cours des prochains mois à condition que nous acceptions le deuil de l’astre perdu. Aussi, les messages émis le plus souvent dans les courants New Age -beaucoup plus patriarcaux qu’il n’y parait - qui consistent « à se bouger », « à aller de l’avant » et le pire d’entre eux : « ce monde est une illusion », témoignent de l’absurdité des Hommes lorsqu’ils ne gèrent pas Neptune. Cette Pleine Lune en Vierge ainsi que son bon sens critique est une invitation à discerner les marchands de sommeil qui endorment nos besoins profonds par le charme et la flatterie mais qui demeurent cependant bien réels lorsqu’ils s’éveillent.




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